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Libraire spécialisée en histoire de l'art, j'ai voulu partager avec vous mes coups de coeur culturels : expos, livres ou encore films qui font sens dans l'actualité culturelle immédiate.

17 May

Le thème universel et intemporel de la filiation rassemble les lecteurs de Philippe Torreton

Publié par Margot  - Catégories :  #Autobiographie, #Littérature

J'aime lire Le Monde sur Internet pour la qualité de ses articles sociétaux et les témoignages d'anonymes qu'il recueille sur des sujets du quotidien. Ainsi, j'ai découvert un article de qualité traitant de l'engouement populaire pour un roman autobiographique de Philippe Torreton Mémé publié par L'Iconoclaste.

Ce petit livre qui tire sa notoriété du nom de son auteur a été tiré à 15 000 exemplaires mais c'est un véritable succès littéraire qui a séduit 150 000 lecteurs depuis janvier 2014. La séance de dédicaces à la librairie de l' Armitière dans le centre ville de Rouen a ébloui les libraires qui ne s'attendaient pas à une telle affluence : plus de 400 exemplaires vendus la semaine précédant la dédicace.

Je connais peu Philippe Torreton, je sais juste de lui que c'est un acteur talentueux et je regrette qu'il se soit fait remarqué dans les médias à travers une tribune inutile jugeant l'attitude de Gérard Depardieu en termes de citoyenneté fiscale. Ainsi le sujet qu'il traite : la filiation et l'engouement qu'il rencontre est beaucoup plus valorisant.

Annette Samsoen (1937-2011) ma grand-mère maternelle.

Annette Samsoen (1937-2011) ma grand-mère maternelle.

Alors à mon tour, je voudrais rendre hommage à ma grand-mère maternelle dans ce blog. Elle s'appelait Annette Samsoen née Boyaval. Elle était née en 1937 à Saint Pol sur Ternoise dans le Pas de Calais, trois ans avant le début de la seconde guerre mondiale. Elle a connu l'exode sur les routes de France et les bombardements alliés et nazis.

 

Elle aimait passionnément Paris et m'a transmis ses souvenirs heureux mais fugaces dans la capitale quand elle avait vingt ans.

 

Elle a épousé mon grand-père Jean Samsoen dans les années 1950 pendant la guerre d'Algérie. Ils habitaient à Dieppe et étaient assureurs. Les spectacles et les concerts étaient des moments de magie pour elle, ce qui l'encourageait à prendre le train en pleine nuit pour aller à l'Olympia à Paris écouter Charles Aznavour, Barbara ou encore Edith Piaf.

 

Mon héritage culturel en matière de cinéma, de chanson française, ce sont mes grands- parents qui me l'ont légué. Retraitée, elle passait ses nuits devant sa télévision, sa compagnie quand on est malade depuis longtemps. Elle découvrait de nouveaux talents devant Taratata. Elle m' a transmis l'amour pour les chansons de Brel, de Brassens, de Charles Trenet. Avec elle, j'ai visité de nombreux musées et beaucoup de coins de France. L'endroit que j'aime le plus, c'est la plage des Roches noires à Trouville, atelier de Monet et hôtel de Marguerite Duras, de Marcel Proust et ses madeleines.

 

La Seine Maritime et le Pas de Calais avec leurs plages grandioses sont mes racines. Mes grands- parents reposent à Montcavrel, un petit village proche de Montreuil sur Mer et du Touquet. C'est là dans la vallée de la Touques que mes grands-parents ont été heureux alors qu'ils avaient connu la guerre, des relations familiales difficiles...

 

Voila, en quelques lignes, je pense que ce portrait est fidèle à ce qu'elle était, sa personnalité et pourquoi elle compte pour moi.

Jean Samsoen (1930-2003) Papilo le bien-aimé

Jean Samsoen (1930-2003) Papilo le bien-aimé

Le thème universel et intemporel de la filiation rassemble les lecteurs de Philippe Torreton

Magie d'Internet : un ami de mes grands-parents que je connaissais pas,Thierry, a lu ce blog et a évoqué ses souvenirs de mon grand-père par un mail .

Cela m'a encouragé de compléter ce tableau de famille avec Jean Samsoen, l'adulte qui a le plus marqué ma vie par l'amour qu'il m'a transmis.

Il est né le 17 janvier 1930 à Boulogne sur mer, sa mère est morte en le mettant au monde et donc sa tante s'est remariée avec son père pour sauvegarder le commerce familial de Montreuil sur mer. Personne ne lui a dit la vérité pendant des années, c'était l'époque où le savoir-faire de Françoise Dolto n'était pas encore diffusé dans les petites villes de province, c'est un copain d'école qui lui a maladroitement révélé ce secret.

Sa famille était aisée matériellement, on l'envoya faire ses études au collège Stanislas à Paris, celui du général de Gaulle, son modèle politique. Mais restait le poids du non-dit, du manque d'expression de marques d'affection, qui l'ont rendu rebelle face aux codes bourgeois de son milieu, lui qui aima toute sa vie écouter Brel et Brassens, les grands irrévérencieux des années 1950.

J'ai suivi son chemin en étudiant à Paris, j'ai eu la chance de visiter son lycée. Il aimait me raconter avoir vu la ceinture de bananes de Joséphine Baker au spectacle (mais je suis pas bien sûre de la véracité de l'anecdote).

Mais ensuite, il devint absolument allergique à la ville, aimant par dessus tout les virées en mer, à la chasse ou à la pêche. Ses loisirs étaient partie prenante de sa vie, une vraie passion qui lui apportait de la liberté face à un métier qu'il n' avait pas vraiment choisi par amour. Pourtant, il aimait les gens, les paysans qui avaient perdus leur ferme ou leur récolte dans un incendie, il leur apportait aide et réconfort, plus qu'un assureur, il allait défendre ses dossiers contre sa compagnie, au siège de Rouen. Et j'aimais ça chez lui, son amour des gens.

C'était un géant aux grandes mains impressionnantes, un gabarit hors du commun et d'une infinie tendresse pour ceux qu'il aimait comme moi. Il avait les mots justes pour encourager, montrer aux autres qu'ils avaient de la valeur, de l'intelligence. Il aimait et respectait infiniment les femmes de sa famille par ses petits mots affectueux à notre égard.

C'était ma grande personne préféré, je me souviendrai de ses énervements à l'idée qu'on étudiait plus tant que ça à l'école les textes de Victor Hugo, quand il ne supportait pas que mes cousines écoutent en boucle Francis Cabrel parce qu'il braillait et que ça ne valait pas Sardou et surtout quand on se bidonnait mon frère et moi, dans sa voiture, parce qu'il nous parlait de Julio Essuie-glaces en allant au Touquet...

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